L’argument tient en une phrase, et c’est ce qui le rend redoutable : vous empruntez, les loyers remboursent la banque, vous devenez propriétaire sans avoir épargné. Ajoutez la déduction des intérêts d’emprunt, et le montage semble imbattable — de l’immobilier acheté avec l’argent des autres, avec un coup de pouce fiscal.
Cet argument a été vrai. Il l’a été de façon spectaculaire entre 2015 et 2021, quand on empruntait à 1,3 % pour encaisser 4,5 % de loyers : trois points d’écart, garantis vingt ans, sur un capital qu’on n’avait pas.
Ce n’est plus le monde dans lequel nous sommes. En 2026, un crédit SCPI se négocie entre 4,00 % et 4,80 %, et la distribution moyenne des SCPI s’établit à 4,91 %. L’écart ne fait plus trois points : il fait quelques dixièmes, avant impôt. Et l’impôt, sur des revenus fonciers, n’est pas un détail.
C’est le constat de départ, et il est même trop indulgent : le niveau des taux n’est pas le principal problème de ce montage, comme nous le verrons.
Cet article fait le calcul complet sur un cas chiffré — mensualité, fiscalité, effort d’épargne réel — puis le confronte à la seule comparaison qui tranche : les mêmes mensualités placées en ETF. Parce que c’est le vrai concurrent du montage, et pas le livret A.
Ce que « à crédit » veut dire concrètement
Acheter des SCPI à crédit, c’est souscrire un prêt bancaire dont le produit sert intégralement à acheter des parts. Les parts sont nanties au profit de la banque — elle peut les faire vendre si vous cessez de payer. Vous encaissez les loyers, vous remboursez la mensualité, et vous absorbez la différence.
Deux structures existent :
Le crédit amortissable rembourse capital et intérêts chaque mois. La mensualité est élevée, mais le capital restant dû décroît, et à l’échéance vous ne devez plus rien. C’est la forme largement dominante, et celle retenue dans tous les calculs de cet article.
Le crédit in fine ne rembourse que les intérêts pendant toute la durée, le capital étant remboursé en une fois à l’échéance. La mensualité est bien plus faible et les intérêts déductibles restent au maximum tout du long — l’argument fiscal du montage. En échange, la banque exige un capital nanti en garantie, souvent une assurance-vie alimentée en parallèle, ce qui immobilise l’épargne que le montage prétendait éviter. Et le taux est plus élevé. L’avantage fiscal se paie donc deux fois.
Qui prête, en pratique ? Peu d’établissements. Ce sont surtout des banques régionales — Crédit Mutuel, Banque Populaire, CIC, Caisse d’Épargne — quelques acteurs spécialisés et des courtiers dédiés. Le Crédit Foncier, longtemps la référence du marché, a arrêté cette activité. Certaines sociétés de gestion ont monté leur propre canal de financement pour leurs SCPI maison.
Trois contraintes structurent l’accès au crédit, et il faut les connaître avant de simuler quoi que ce soit :
- Le taux n’est pas celui de la résidence principale. En août 2026, un crédit immobilier classique sur 20 ans se signe autour de 3,3 %. Un crédit SCPI se situe entre 4,00 % et 4,80 %, et le TAEG — frais de dossier, nantissement, assurance emprunteur inclus — grimpe de 4,50 % à 5,30 %. La banque finance un actif financier qu’elle ne peut pas saisir comme un appartement : elle facture ce risque.
- Le sans-apport est devenu rare. La plupart des banques demandent au minimum de financer les frais de souscription sur vos fonds, souvent un apport de 10 à 20 %. Le financement à 100 % existe encore, réservé aux dossiers les plus solides.
- Les loyers ne comptent qu’à 70 %. La norme HCSF plafonne le taux d’endettement à 35 % tous crédits confondus, et les banques appliquent une décote de 30 % sur les revenus SCPI attendus, pour couvrir le risque de vacance. Un montage qui « s’autofinance » sur le papier consomme donc quand même votre capacité d’emprunt — celle qui servira à la résidence principale.
La seule équation qui compte
Tous les arguments commerciaux se ramènent à une comparaison, et elle est plus subtile qu’un simple « rendement contre taux ».
Le montage crée de la valeur si le rendement net d’impôt des parts dépasse le coût net du crédit. Deux corrections s’appliquent, et elles jouent en sens inverse :
| Étape | Ce qui s'applique | Effet |
|---|---|---|
| Distribution affichéemoyenne pondérée 2025 | Taux de distribution ASPIM | 4,91 % |
| Impôt sur le revenurevenus fonciers, TMI 30 % | Barème progressif, pas de PFU possible | −30 pts |
| Prélèvements sociauxCSG 9,2 % maintenue en 2026 | Taux dérogatoire des revenus fonciers | −17,2 pts |
| Déduction des intérêtsrégime réel, art. 31 CGI | Réduit la base imposable, pas le taux | gain décroissant |
| Coût du créditTAEG SCPI 2026 | Nominal 4,00 à 4,80 % | 4,50 à 5,30 % |
Deux points méritent d’être posés clairement, parce qu’ils sont systématiquement escamotés.
Les revenus de SCPI françaises sont taxés au barème, pas au PFU. Ce sont des revenus fonciers : ils s’ajoutent à votre salaire et subissent votre tranche marginale. À 30 % de TMI et 17,2 % de prélèvements sociaux, chaque euro de loyer net laisse 52,8 centimes. À 41 %, il en laisse 41,8. C’est le facteur le plus lourd de tout le montage, et il n’existe pas quand vous investissez en actions dans un PEA.
La déduction des intérêts est un avantage qui s’évapore. Au régime réel, les intérêts d’emprunt se déduisent intégralement des revenus fonciers — c’est réel, et c’est utile. Mais un crédit amortissable paie beaucoup d’intérêts la première année et presque plus la vingtième. Votre revenu imposable augmente donc chaque année sans qu’aucun loyer supplémentaire ne rentre. C’est ce qui rend l’effort d’épargne croissant — et c’est invisible sur toute simulation qui s’arrête à l’année 1.
Le cas chiffré : 100 000 € sur 20 ans
Posons les hypothèses, toutes vérifiables et volontairement médianes.
| Paramètre | Valeur | Origine de l'hypothèse |
|---|---|---|
| Montant de parts | crédit amortissable sur 20 ans | 100 000 € |
| Taux du crédit | nominal, hors assurance | 4,50 % |
| Assurance emprunteur | 0,30 % du capital initial | 25 €/mois |
| Distribution | moyenne pondérée ASPIM 2025 | 4,91 % |
| Fiscalité | TMI 30 % + PS 17,2 %, régime réel | 47,2 % |
| Délai de jouissance | moyenne du marché | 4 mois |
La mensualité ressort à 658 € assurance comprise. Les loyers versent 409 € par mois. Le trou est de 249 €, auquel s’ajoute l’impôt.
C’est le premier résultat qui devrait faire réfléchir : l’effort mensuel réel augmente de 62 % entre la première et la dernière année. Un montage validé sur « 268 € par mois, je peux » engage en réalité 435 € par mois à terme. La hausse est mécanique, connue dès la signature, et elle n’est indexée sur rien : ni sur vos revenus, ni sur les loyers versés. C’est donc sur les 435 € qu’il faut décider, pas sur les 268 €.
Et à l’échéance, que possédez-vous ?
Cent mille euros de parts, en valeur de souscription. Mais la valeur qui compte quand vous revendez est la valeur de retrait, inférieure d’environ 10 % — c’est la commission de souscription, prélevée à l’entrée et jamais récupérée. Soit 90 000 €, à supposer que le prix de part n’ait pas bougé en vingt ans. Les loyers, eux, tombent désormais sans mensualité en face : 4 910 € brut, 216 € net par mois après impôt.
Reste la question que la promesse commerciale pose d’emblée : à partir de quand les loyers couvrent-ils tout, mensualité et impôt compris ? Sur ce cas, jamais. Il faudrait une distribution de 11 % pour que le montage s’autofinance sur vingt ans, et même un crédit gratuit en exigerait encore 10 % — parce que le capital remboursé, contrairement aux intérêts, n’est pas déductible. Le calcul complet, et les configurations où il passe, sont dans Un investissement à crédit peut-il s’autofinancer ?.
Suivre le montage dans le temps
Un montage à crédit se pilote sur trois chiffres : ce que valent les parts, ce qu’il reste à devoir, et ce que l’opération a réellement coûté depuis le départ. Le relevé de la société de gestion donne le premier, l’échéancier bancaire le deuxième, et le troisième ne figure nulle part — il faut le reconstituer. Séparés, ces chiffres rassurent. Ensemble, ils disent où vous en êtes.
Parts détenues et capital restant dû
Le prix de part n'est pas garanti : en 2025, il a reculé de 3,45 % en moyenne pondérée.
Ce graphique contient deux dates, et il ne faut pas les confondre.
Le croisement de la courbe bleue et de la courbe or arrive tôt : c’est le moment où vendre vos parts suffit à rembourser la banque. Il tombe à la troisième année — le temps d’amortir les 10 000 € de frais de souscription perdus à la signature. Avant, une sortie forcée vous oblige à remettre de l’argent. Et cette date recule dès que le prix de part baisse : un recul de 10 % la repousse au-delà de la sixième année.
La seconde date est bien plus tardive, et c’est celle qui dit si l’opération a rapporté quelque chose. Il faut comparer ce que vous possédez net de dette — les parts moins le capital restant dû — à l’effort cumulé, la courbe verte. Les deux se rejoignent vers la seizième année : 62 300 € de patrimoine net face à 62 400 € sortis de votre poche. Avant cette date, le montage a détruit de la valeur en nominal. Après, il en crée : 90 000 € pour 82 385 € versés à l’échéance, soit 7 615 € de gain nominal en vingt ans. Rapporté au calendrier des versements, cela donne un taux de rendement interne d’environ 0,9 % par an — soit un rendement réel négatif dès que l’inflation dépasse ce niveau, très en dessous de la cible de 2 % que vise la BCE.
Le vrai concurrent : les mêmes mensualités en ETF
Voici la comparaison qui décide de tout, et qu’aucun argumentaire commercial n’a intérêt à faire.
Le montage se présente comme un moyen de devenir propriétaire « sans épargner ». Le cas chiffré montre qu’il n’en est rien : il coûte 343 € par mois en moyenne, 82 385 € au total. C’est de l’épargne, simplement dirigée d’office vers un remboursement.
Alors posons la vraie question. Ces mêmes 343 € par mois — versés avec le même profil croissant, de 268 € à 435 € — placés dans un ETF monde sur un PEA à l’hypothèse maison de 7 % par an, que donnent-ils ?
| SCPI à crédit française, 4,91 % | ETF en PEA hypothèse 7 % | |
|---|---|---|
| Effort total sur 20 ans | 82 385 € | 82 385 € |
| Capital brut à terme | 100 000 €valeur de souscription | 169 000 € |
| Capital réellement mobilisable | 90 000 €valeur de retrait | 153 000 €net de PS 18,6 % |
| Revenu net mensuel à terme | 216 €loyers après TMI et PS | 510 €retrait de 4 %, net de PS |
| Liquidité | semaines à mois | quelques jours |
L’écart n’est pas marginal : le PEA finit avec 70 % de capital en plus et plus du double de revenu, pour le même euro sorti chaque mois. Trois mécanismes l’expliquent, et il vaut la peine de les nommer séparément parce qu’ils ne se compensent pas.
La fiscalité, d’abord — c’est le facteur dominant. Les loyers subissent 47,2 % de ponction chaque année, sur chaque euro, pendant vingt ans. Le PEA ne prélève que 18,6 %, uniquement sur la plus-value, uniquement au retrait. Vingt ans de report d’imposition sur un capital qui compose, contre vingt ans de prélèvement annuel : l’écart se creuse mécaniquement.
Le rendement, ensuite. 4,91 % brut contre 7 % : deux points d’écart par an, capitalisés. Le levier fait travailler 100 000 € dès le premier mois, ce que l’ETF ne peut pas faire — mais il les fait travailler à un taux inférieur, et l’essentiel de ce travail part rembourser des intérêts à 4,5 %.
Les frais d’entrée, enfin. Les 10 % de commission de souscription sont perdus dès la signature. Il faut deux ans de loyers nets pour seulement revenir à l’équilibre.
Reste à vérifier que ce verdict n’est pas un artefact de l’hypothèse à 7 %. Faisons varier ce qui peut varier.
| Scénario | SCPI à crédit | ETF en PEA |
|---|---|---|
| Actions à 7 %moyenne historique longue | 90 000 € | 153 000 € |
| Actions à 4 %décennie médiocre | 90 000 € | 116 000 € |
| Actions à 2 %scénario dégradé | 90 000 € | 97 000 € |
| TMI 11 % au lieu de 30 % | 90 000 € | 137 000 €effort plus faible |
| Prix de part à +1 %/an | 110 000 € | 153 000 € |
| Crédit à 3,50 % au lieu de 4,50 % | 90 000 € | 137 000 €effort plus faible |
Le résultat tient dans toute la plage plausible. Même en supposant vingt ans de bourse à 2 % par an — un scénario qui n’a jamais duré aussi longtemps sur un indice mondial — le PEA reste devant. Une TMI plus basse ou un meilleur taux de crédit réduisent l’effort mensuel, donc les deux jambes de la comparaison en même temps : elles ne renversent rien.
Ce que le tableau ne dit pas, et qu’il faut ajouter honnêtement : la SCPI et l’ETF ne portent pas le même risque. Les parts ne perdent pas 35 % en six mois comme un indice actions. Cette stabilité affichée a toutefois un coût — l’illiquidité — et une part d’illusion : un prix de part est fixé par la société de gestion sur la base d’expertises annuelles, pas par un marché en continu. Il descend plus tard, pas moins.
Ce que les simulateurs commerciaux oublient
Six éléments, tous absents des tableurs qu’on vous présente, tous documentés.
Le prix de part n’est pas garanti. En 2025, le prix de part moyen pondéré des SCPI a reculé de 3,45 % — quatorze SCPI à capital variable ont baissé leur prix de souscription, dix-sept l’ont augmenté. Résultat : une distribution de 4,91 % mais une performance globale de +1,46 % seulement sur l’année. C’est ce dernier chiffre qui correspond à ce que l’investisseur a réellement gagné. Face à un crédit à 4,5 %, 2025 aurait été une année perdante.
Le levier amplifie la baisse. Si le prix de part cède 20 %, vous devez toujours l’intégralité du capital à la banque. Sur le cas central, une baisse de 20 % en année 5 ramène la valeur de retrait des parts à 72 000 €, face à 82 700 € de capital restant dû : sortir vous coûterait 10 700 € à remettre de votre poche, en plus des 17 600 € déjà versés. C’est la définition du risque de levier, et elle vaut pour l’immobilier comme pour le reste.
Les frais de souscription, en délai plutôt qu’en pourcentage. Dix pour cent d’un coup, ce n’est pas « 10 % » : c’est deux ans de loyers nets à récupérer avant d’être à l’équilibre. Une revente à cinq ans est presque toujours perdante, quel que soit le rendement.
Le délai de jouissance. Trois à six mois s’écoulent entre la souscription et le premier loyer, alors que la première mensualité, elle, tombe tout de suite. Un trou de trésorerie de 2 000 à 4 000 € sur le cas central.
L’assurance emprunteur. 25 € par mois dans notre calcul, soit 6 000 € sur vingt ans — 7 % du coût total du montage, jamais affiché dans les rendements annoncés.
La capacité d’emprunt consommée. Vingt ans d’endettement à 658 € par mois, avec des loyers retenus à 70 % seulement, réduisent d’autant ce que vous pourrez emprunter pour votre résidence principale. Le calcul est mécanique : la banque compte 658 € de charge et n’ajoute que 286 € de revenus reconnus (409 € décotés de 30 %), soit 372 € par mois de capacité d’endettement consommée pendant vingt ans. Ce coût ne se chiffre pas en euros de patrimoine, ce qui ne le rend pas nul.
Les variantes, et laquelle marche vraiment
Trois pistes changent réellement l’équation. Une seule la renverse.
Les SCPI sans frais de souscription. C’est la rupture structurelle des trois dernières années : Iroko Zen, Remake Live, Novaxia Neo, Transitions Europe ont supprimé la commission d’entrée, au profit d’une commission de retrait dégressive. Les 10 % perdus à la signature disparaissent, et la valeur de retrait rejoint quasiment la valeur de souscription. Sur le cas central, cela vaut environ 10 000 € — pas de quoi combler l’écart avec le PEA, mais le premier levier à activer.
Les SCPI européennes. Les revenus de source étrangère échappent à la CSG et à la CRDS, par application de la jurisprudence de Ruyter ; le prélèvement de solidarité de 7,5 % reste généralement dû. L’économie atteint donc environ 9,7 points face aux 17,2 % des revenus fonciers français. Combinée à des distributions plus élevées, elle change l’ordre de grandeur.
Les SCPI en assurance-vie : incompatibles avec le montage. C’est une confusion fréquente, alors autant l’écarter. Loger des SCPI dans une assurance-vie donne accès à la fiscalité de l’enveloppe et à une meilleure liquidité, mais on n’emprunte pas pour alimenter un contrat en unités de compte, et les intérêts d’un tel emprunt ne seraient pas déductibles — il n’y a pas de revenu foncier en face. Les deux stratégies sont exclusives l’une de l’autre. Sur le choix d’enveloppe, voir PEA, assurance-vie ou CTO.
Reste à assembler. Que donne la meilleure version du montage — européenne, sans frais de souscription, à haute distribution ?
| Montage | Effort moyen | SCPI : capital / revenu | ETF PEA : capital / revenu |
|---|---|---|---|
| Française, 4,91 %frais de souscription 10 % | 343 €/mois | 90 000 € / 216 € | 153 000 € / 510 € |
| Européenne, 6,5 %sans frais de souscription | 244 €/mois | 100 000 € / 339 € | 108 500 € / 362 € |
| Européenne, 7,5 %sans frais de souscription | 193 €/mois | 100 000 € / 391 € | 85 750 € / 286 € |
Le seuil est net : le montage ne repasse devant qu’aux alentours de 7 % de distribution, sur une SCPI européenne sans commission d’entrée, dans un pays à convention favorable. À 6,5 %, c’est un match nul. À 4,91 %, c’est une défaite franche.
Ce seuil existe, et des SCPI le dépassent aujourd’hui. Mais il faut voir ce qu’il exige : les véhicules qui distribuent plus de 7 % sont jeunes, de petite taille, sans historique de crise, et leur rendement élevé tient en partie à une collecte récente investie au bon moment du cycle. Parier vingt ans de mensualités sur la reconduction de ce rendement, avec du levier, est un choix beaucoup plus engagé que ce que la brochure suggère. La moyenne du marché reste à 4,91 % — et c’est la moyenne, pas l’exception, qui décrit ce qui arrive à la plupart des investisseurs.
Pour qui ça vaut le coup
Le montage a un domaine de validité. Il est étroit, mais réel.
Ça peut valoir le coup si vous cumulez une TMI à 11 % ou 30 %, une capacité d’emprunt dont vous n’avez aucun autre usage à horizon vingt ans, une SCPI européenne sans frais de souscription au-delà de 6,5 %, un horizon supérieur à quinze ans assumé — et un patrimoine déjà diversifié dans lequel l’immobilier papier apporte une exposition qui manque.
Ça ne vaut pas le coup si vous êtes à 41 % de TMI ou plus, si vous envisagez d’acheter votre résidence principale dans les dix ans, si votre PEA n’est pas rempli, si vous n’avez pas de quoi absorber une hausse de l’effort mensuel de 60 %, ou si l’argument qui vous a convaincu était « ça s’autofinance ».
Un cas mérite d’être nommé à part, parce que c’est le seul argument sérieux en faveur du montage : l’épargne forcée. Une mensualité bancaire ne se saute pas ; un virement programmé vers un ETF, si. Si vous savez que vous ne tiendrez pas vingt ans de versements volontaires, un montage inférieur en théorie mais réellement exécuté vaut mieux qu’un plan optimal abandonné en année trois. C’est un argument comportemental honnête — mais il faut le nommer pour ce qu’il est, et non le déguiser en argument financier. Et il coûte, ici, environ 63 000 € de capital final.
Les cinq erreurs à ne pas commettre
Simuler sur l’année 1. C’est l’année la plus favorable du montage : intérêts au maximum, impôt quasi nul. Toute simulation qui ne montre pas l’année 20 cache la moitié du sujet.
Comparer à un livret plutôt qu’à un ETF. Le concurrent de vos 343 € mensuels n’est pas le Livret A à 1,7 %. C’est ce que vous auriez fait de mieux avec cet argent — et pour un horizon de vingt ans, c’est un PEA.
Confondre distribution et performance. 4,91 % de distribution en 2025 pour +1,46 % de performance globale : l’écart, c’est le prix de part. Le taux de distribution est un chiffre de communication, pas un rendement.
Rester en micro-foncier. Sans régime réel, pas de déduction d’intérêts, donc pas de montage — juste des loyers taxés à 47,2 % en face d’une mensualité. Vérifiez ce point avant de signer, pas à la déclaration.
Ignorer la capacité d’emprunt consommée. 372 € par mois de capacité d’endettement immobilisés pendant vingt ans, c’est une résidence principale reportée ou rétrécie. Chiffrez-le avant de signer, pas après le refus de prêt.
Ce qui compte, à la fin
La hausse des taux est le coupable qu’on désigne toujours, et c’est une erreur de diagnostic. Le calcul de l’autofinancement le montre : entre un crédit à 0 % et un crédit à 6 %, le seuil de viabilité ne bouge que d’un point et demi.
Ce qui condamne le montage est ailleurs, et n’a pas varié depuis des années. D’abord le fait que le capital remboursé n’est pas déductible : sur vingt ans, vous amortissez 5 % par an quand le loyer n’en rapporte que 2,59 % net. Ensuite les 47,2 % prélevés chaque année sur des revenus fonciers, contre 18,6 % différés jusqu’au retrait sur un PEA. Enfin les 10 % de frais d’entrée, perdus dès la signature. Le levier ne compense aucun de ces trois postes — il les applique à un capital plus gros.
Ce n’est pas un jugement sur les SCPI. L’immobilier papier reste une classe d’actifs défendable, peu corrélée aux actions, et sa place dans une allocation diversifiée se justifie très bien. C’est un jugement sur le crédit adossé à un revenu foncier : il finance un actif dont l’État prend près de la moitié du rendement, avec une dette qu’on rembourse en euros non déductibles.
Si vous voulez de l’immobilier dans votre patrimoine, achetez-en. Comptant, dans la proportion que votre allocation prévoit, en privilégiant les véhicules sans frais d’entrée. Le crédit, gardez-le pour ce qu’il finance encore correctement : votre résidence principale, à 3,3 % et sans impôt sur le loyer que vous ne payez pas.
Et si vous détenez déjà un montage à crédit, la vraie question n’est plus « est-ce que ça valait le coup » mais « où en suis-je exactement » : valeur de retrait des parts, capital restant dû, effort réellement sorti depuis le départ. Trois chiffres qui vivent dans trois documents différents — les réunir sur un seul écran, c’est précisément ce que fait Fynix :
Sources
- Collecte et performance des fonds immobiliers grand public en 2025 — ASPIM et IEIF, 9 février 2026 : taux de distribution moyen pondéré de 4,91 % en 2025 (4,2 % à 6,0 % selon la catégorie), recul du prix de part moyen pondéré de 3,45 %, performance globale de +1,46 %, 14 SCPI en baisse de prix contre 17 en hausse.
- Prélèvements sociaux (CSG, CRDS…) sur les revenus du patrimoine et de placements — service-public.gouv.fr : taux applicables par catégorie de revenu.
- Principales nouveautés — revenus 2025 — impots.gouv.fr, brochure pratique 2026 : maintien de la CSG à 9,2 % sur les revenus fonciers et hausse à 10,6 % sur les revenus de capitaux mobiliers (LFSS 2026, loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025, art. L. 136-8 IV du code de la sécurité sociale).
- Je donne un bien en location. Dois-je payer des prélèvements sociaux ? — impots.gouv.fr : assujettissement des revenus fonciers aux prélèvements sociaux.
- Baromètre des taux de crédit immobilier — août 2026 — Meilleurtaux : taux moyens du crédit immobilier classique, autour de 3,3 % sur 20 ans.
- SCPI à crédit 2026 : le vrai coût et les vraies conditions — Centrale des SCPI : fourchette de taux de 4,00 % à 4,80 %, TAEG de 4,50 % à 5,30 %, conditions d’apport, décote de 30 % appliquée aux revenus SCPI, plafond HCSF de 35 %.
- La déductibilité des intérêts d’emprunt sur les SCPI européennes : le vrai du faux — MeilleureSCPI : méthode du crédit d’impôt contre méthode du taux effectif, et conséquences sur la déduction des intérêts.
- Frais des SCPI — Hagnéré Patrimoine : fourchette des commissions de souscription de 0 % à 12,72 %, et liste des SCPI sans frais d’entrée.
- SCPI et délai de jouissance : quand toucher vos premiers loyers — MeilleureSCPI : délais de jouissance constatés, de 0 à 6 mois selon les véhicules.