L’ordre est passé. Les parts sont arrivées, la ligne s’affiche, et l’écran vous jette huit chiffres au visage — dont aucun ne correspond à ce que vous avez mis sur le compte.
Prenons un cas concret, celui qui servira de fil à tout l’article. Vous avez alimenté votre PEA deux fois, 1 000 € puis 1 060 €, et acheté deux fois le même ETF World. 2 060 € sont donc partis de votre compte courant. Le relevé, lui, affiche un total de 2 184,60 €, une « évaluation des titres » de 2 138,40 €, un « prix de revient » de 2 013,80 €, une « +/- value latente » de +124,60 €, et 46,20 € qui traînent en « espèces ». Aucun de ces chiffres n’est faux. Aucun ne dit la même chose que son voisin.
Cet article prend ce relevé fictif — la suite directe de l’exemple d’Acheter son premier ETF — et le traduit, champ par champ. Le périmètre est celui de l’ordre de bourse : PEA et compte-titres. En assurance-vie, l’écran ne ressemble à rien de tout cela, et c’est un autre sujet — traité dans PEA, assurance-vie ou CTO.
Le relevé, en entier
Deux achats, à deux moments différents, sur le même ETF World.
| Libellé affiché | Montant | D'où il sort |
|---|---|---|
| Quantité | 22 | 10 parts achetées à 95,40 €, puis 12 à 88,00 € |
| Cours« dernier » | 97,20 € | Le dernier prix coté que connaît le courtier |
| Évaluation des titresou « valorisation » | 2 138,40 € | 22 × 97,20 |
| Prix de revientce que la ligne vous a coûté | 2 013,80 € | 954 € + 1 056 € d'achats, plus 3,80 € de courtage |
| PRUprix de revient unitaire | 91,54 € | Le prix de revient étalé sur les parts : 2 013,80 ÷ 22 |
| +/- value latente | +124,60 €+6,19 % | 2 138,40 − 2 013,80 |
| Espèces | 46,20 € | 2 060 € versés − 2 013,80 € dépensés |
| Total portefeuille | 2 184,60 € | 2 138,40 + 46,20 |
Tout est cohérent, et le premier réflexe est le bon : 2 184,60 − 2 060 = 124,60 €. Ce que vous possédez, moins ce que vous avez versé. Retenez ce calcul, c’est le seul du relevé qui ne puisse pas mentir. Les autres champs le découpent, et chaque découpe a ses angles morts.
Les deux poches : espèces et titres
Un PEA comme un compte-titres se compose de deux comptes distincts.
Le compte espèces reçoit vos virements, paie vos achats, encaisse vos dividendes et le produit de vos ventes. Il n’est pas rémunéré. Le compte-titres héberge les parts. Le total du portefeuille additionne simplement les deux.
D’où une observation qui déroute au premier achat : le total baisse le jour où vous achetez. Vous versez 1 000 €, vous en dépensez 955,90 en titres et frais, et le soir même, à cours inchangé, le portefeuille affiche 998,10 €. Vous n’avez rien perdu sur les marchés : vous avez payé 1,90 € de courtage. La différence entre la somme de vos versements et le total du portefeuille intègre, dès la première seconde, tous les frais que vous avez réglés depuis l’ouverture.
Sur le compte espèces, deux libellés méritent d’être distingués : le solde et le solde disponible. L’écart, quand il existe, correspond aux fonds réservés par un ordre d’achat en cours — engagés, mais pas encore débités.
Évaluation des titres : une multiplication, et trois pièges
L’« évaluation », parfois appelée « valorisation » ou « valeur boursière », est la plus simple des lignes : quantité × dernier cours connu. Rien d’autre n’y entre. Ni vos frais, ni vos dividendes, ni la durée de détention.
Trois choses peuvent la rendre trompeuse.
- Le cours n’est pas forcément celui de maintenant. Beaucoup de courtiers diffusent, sur leur interface gratuite, un flux différé de quinze minutes ; le temps réel est une option, parfois payante. Sans conséquence pour un investisseur long terme, décisif si vous croyez lire un prix d’exécution.
- Le week-end, rien ne bouge. Le cours affiché du samedi est celui de la clôture du vendredi. Une évaluation figée n’est pas une évaluation stable.
- En compte-titres, la devise s’en mêle. Une ligne cotée en dollars est convertie au taux du jour. Votre évaluation en euros peut donc varier alors que le cours du titre n’a pas bougé d’un cent.
Le PRU : votre histoire, pas celle du marché
Le prix de revient unitaire est le coût moyen d’une part, tous vos achats confondus. Il se recalcule à chaque nouvel achat, et à cette occasion seulement.
Dans notre exemple : 10 parts à 95,40 € puis 12 parts à 88,00 €, soit 2 010 € de titres. Avec les 3,80 € de courtage, le prix de revient total ressort à 2 013,80 €, et le PRU à 91,54 €.
Deux propriétés surprennent, et les deux sont normales.
Le PRU ne bouge pas quand le cours bouge. C’est la moyenne de ce que vous avez payé, pas une mesure du marché. Un cours qui double laisse le PRU strictement identique.
Une vente partielle ne le modifie pas non plus. Vendre 5 parts sur 22 laisse les 17 restantes au même PRU de 91,54 €. Seul un achat déplace la moyenne.
Cette distinction n’est pas cosmétique — et pour le voir, il faut sortir un instant du PEA de notre exemple. En compte-titres, où chaque vente est imposée, le prix de revient moyen est la base de calcul de l’impôt : pour des titres fongibles, le fisc retient la « valeur moyenne pondérée d’acquisition », et ce prix d’acquisition « doit être majoré du montant des frais d’acquisition », lesquels incluent explicitement « les courtages » et « les commissions de négociation » (BOI-RPPM-PVBMI-20-10-20-10).
« Majoré » va dans le sens du contribuable : la plus-value imposable étant la différence entre le prix de cession et le prix d’acquisition, gonfler le second réduit la première. Imaginons nos 22 parts logées cette fois dans un compte-titres. Le jour où vous les revendez, le fisc part d’un prix d’acquisition de 2 013,80 €, courtage compris, et non de 2 010 € — soit 3,80 € de plus-value imposable en moins. Les frais supportés à la vente viennent de la même façon en déduction du prix de cession. La seule condition posée par le texte est de pouvoir les justifier, ce que fait votre avis d’opéré.
Plus-value latente : tout est dans l’adjectif
La formule ne réserve aucune surprise : évaluation des titres − prix de revient, soit ici 2 138,40 − 2 013,80 = +124,60 €. C’est le même calcul, vu par part, que (cours − PRU) × quantité.
C’est le mot latente qui porte le sens. Il signifie non réalisée : cet argent n’est pas sur votre compte espèces, vous ne pouvez pas le dépenser, et il n’a déclenché aucun impôt. Si le cours revient à 91,54 € demain, la ligne repasse à zéro et il ne restera aucune trace de ces 124,60 € — ni sur un relevé, ni sur une déclaration.
La symétrie est exacte dans l’autre sens : une moins-value latente n’existe pas davantage. En compte-titres, une moins-value ne devient imputable sur vos plus-values de même nature — celles de l’année, puis des dix années suivantes — qu’une fois la vente effectuée. Tant que vous n’avez pas vendu, elle ne vaut rien fiscalement, si spectaculaire soit-elle à l’écran.
Ce que « réaliser » veut dire, selon l’enveloppe
| Critère | PEA | Compte-titres |
|---|---|---|
| Fait générateur | Le retrait du plan | Chaque cession |
| Base imposable | Valeur liquidative + retraits − versementsle plan entier, pas la ligne | Prix de cession − prix moyen pondéré d'acquisitionligne par ligne |
| Arbitrer une ligne | Aucun effet fiscal | Déclenche l'imposition du gain |
| Taux 2026 | 18,6 % de prélèvements sociaux après 5 ans+ 12,8 % d'IR avant | 31,4 %12,8 % d'IR + 18,6 % de PS, ou barème |
| Document annuel | Aucun, tant qu'aucun retrait | IFUpré-remplit votre 2042 |
La ligne la plus importante de ce tableau est la deuxième. Le PEA n’est pas imposé ligne par ligne, mais en bloc : le gain net se calcule comme la différence entre la valeur liquidative du plan au moment du retrait et le total des versements depuis l’ouverture (service-public.gouv.fr). Conséquence directe et sous-estimée : à l’intérieur d’un PEA, vendre un ETF pour en acheter un autre ne coûte rien d’autre que du courtage. En compte-titres, le même arbitrage envoie une plus-value à l’IFU.
Le pourcentage affiché, et ce qu’il ne mesure pas
À côté des 124,60 €, le courtier écrit +6,19 % : la plus-value divisée par le prix de revient, 124,60 ÷ 2 013,80. Ce chiffre répond à une seule question — de combien la somme investie sur cette ligne a-t-elle grossi — et à aucune autre.
Ce n’est pas un rendement annuel. Aucune durée n’entre dans le calcul. Si votre premier achat remonte à deux ans, ces +6,19 % valent 3,05 % par an. Un +20 % affiché après cinq ans vaut 3,71 % par an. Le relevé ne fera jamais cette division à votre place.
Ce n’est pas la performance de l’ETF. Et l’écart peut aller dans les deux sens.
Le cas inverse est plus fréquent, et plus démoralisant. L’indice mondial fait +18 % sur l’année, vous avez commencé à investir en novembre, votre ligne affiche +1 %, et vous en concluez que vous avez mal choisi votre ETF. Vous n’avez rien choisi de mal : vos euros n’étaient pas là.
C’est la distinction entre la performance du placement — celle que publie l’émetteur, indépendante des dates auxquelles vous versez — et la performance de votre argent, qui dépend entièrement de ces dates. Les deux sont justes ; elles ne répondent pas à la même question. Le relevé n’affiche que la seconde, sans le préciser, et c’est la première que publient les comparateurs.
Ce que le relevé ne compte pas
Quatre choses pèsent sur votre résultat réel sans jamais apparaître dans la colonne « plus-value latente ».
Les dividendes déjà versés. Sur un ETF distribuant, le coupon quitte le fonds, le cours de la part baisse mécaniquement d’autant le jour du détachement, et l’argent atterrit sur votre compte espèces. Le PRU, lui, ne bouge pas. Résultat : la plus-value latente baisse le jour du détachement, alors que vous n’avez rien perdu. Sur dix ans, un ETF mondial distribuant de l’ordre de 1,8 % par an vous aura ainsi versé en espèces l’équivalent d’environ 18 % de votre capital — une performance bien réelle, absente de la ligne. Un ETF capitalisant n’a pas ce problème : le dividende reste dans le cours, donc dans la plus-value latente. C’est la même mécanique que celle décrite dans Votre ETF réinvestit les dividendes.
Les frais de gestion de l’ETF. Le TER (total expense ratio, le pourcentage annuel que le fonds prélève sur les actifs qu’il détient) est retenu en continu à l’intérieur du fonds, sur sa valeur liquidative. Il ne fera jamais l’objet d’une ligne sur votre relevé — il est déjà retranché du cours que vous lisez.
La retenue à la source étrangère. Un dividende versé par une entreprise américaine est amputé d’une retenue avant même de parvenir au fonds. Invisible également, et pour la même raison : cela se passe en amont du cours que vous lisez.
Les lignes déjà vendues. Une plus-value réalisée il y a deux ans a disparu du portefeuille : elle est devenue du cash, puis d’autres parts. Le relevé n’a pas de mémoire.
Le reste du vocabulaire
| Libellé | Ce qu'il signifie |
|---|---|
| Quantité disponible | Parts que vous pouvez vendre maintenant. L'écart avec la quantité totale vient d'un ordre de vente déjà placé, ou de titres achetés il y a moins de deux jours ouvrés — le règlement-livraison est à T+2. |
| +/- value du jour | (Cours − clôture de la veille) × quantité. Remise à zéro chaque nuit. Aucune information sur votre investissement, uniquement sur la séance. |
| Poidsou « % du portefeuille » | Évaluation de la ligne rapportée au total. Vérifiez si le dénominateur inclut les espèces : le même portefeuille donne deux pourcentages différents selon la convention. |
| Avis d'opéré | Le document qui fait foi pour un ordre : quantité, cours obtenu, frais, date de règlement. C'est lui, jamais l'écran, qui tranche un litige. |
| IFUimprimé fiscal unique | Récapitulatif fiscal annuel du compte-titres, adressé au printemps. Il pré-remplit votre déclaration — ce qui ne dispense pas de le lire. |
Le seul chiffre à surveiller
Reprenez le relevé du début et posez-vous la question honnêtement : lequel de ces huit champs va changer quoi que ce soit à ce que vous ferez demain ?
La plus-value latente, non. Elle bouge tous les jours, ne se transforme en argent que le jour d’une vente, et la consulter quotidiennement ne vous apprend rien — cela vous pousse seulement à agir, ce qui est exactement ce qu’il ne faut pas faire. Le pourcentage à côté, pas davantage : il mélange votre calendrier de versements et la performance du fonds sans jamais dire dans quelles proportions.
Deux chiffres méritent votre attention, et à une fréquence bien plus basse que celle à laquelle vous ouvrez l’application.
Le gain réel, d’abord : total du portefeuille moins somme de vos versements. Il intègre tout — les frais, les dividendes encaissés, les lignes vendues — parce qu’il ne repose sur aucune convention comptable. Dans notre exemple, 2 184,60 − 2 060 = 124,60 €.
Le poids de chaque ligne, ensuite. Un ETF World à 2 138 € ne veut rien dire tout seul. Il veut dire quelque chose à côté de votre épargne de précaution, de votre assurance-vie et de vos SCPI — et c’est cette proportion, pas la plus-value latente, qui détermine le risque que vous portez réellement. C’est le sujet de Comment répartir ses investissements.
C’est aussi exactement ce que Fynix calcule à votre place : réunissez vos placements au même endroit, quel que soit le courtier, et voyez la part réelle de chaque ligne ainsi que le rendement moyen qui en découle.
Pour visualiser une répartition cible avant de la mettre en place, l’outil d’allocation de portefeuille chiffre l’écart entre ce que vous détenez et ce que vous visez.
Sources
- Prix d’acquisition à titre onéreux — règles générales — BOFiP, BOI-RPPM-PVBMI-20-10-20-10 : valeur moyenne pondérée d’acquisition des titres fongibles (§ 320), majoration du prix d’acquisition par les frais, courtages et commissions de négociation (§ 40 et 50).
- Fiscalité du PEA — service-public.gouv.fr : fait générateur, calcul du gain net comme différence entre valeur liquidative et versements, régime avant et après 5 ans.
- Plan d’épargne en actions (PEA) — service-public.gouv.fr : compte espèces, compte-titres, date d’ouverture.
- Les ordres de bourse — Autorité des marchés financiers : avis d’opéré, exécution, mentions obligatoires.
- Transition vers T+1 du dénouement des transactions — AMF : règlement-livraison à T+2, passage à T+1 le 11 octobre 2027.