Vous détenez un ETF S&P 500 capitalisant. Chaque trimestre, les entreprises de l’indice versent des dividendes ; le fonds les encaisse et les remet aussitôt dans le panier. Rien ne sort, rien n’atterrit sur votre compte espèces, tout retourne dans la valeur de la part.

Mécaniquement, cette part devrait donc décrocher de l’indice — vers le haut, et un peu plus chaque année. Sur le graphique de votre courtier, elle ne décroche pas : elle colle à la ligne « indice », à un cheveu près.

L’intuition est juste. C’est le graphique qui ne montre pas ce que vous croyez.

Un indice, trois versions

Un indice boursier n’est pas un chiffre : c’est une famille de chiffres. Le S&P 500 est publié en trois versions, bâties sur exactement les mêmes 500 sociétés, les mêmes poids, les mêmes cours. Seul le sort des dividendes change.

Les trois versions du même indice
VersionDividendesOù vous la croisez
Price Returnprix seulignorésLe JT, la presse, le ticker ^GSPC : « le S&P 500 a gagné X % »
Gross Total Returntotal brutréinvestis en totalitéDocuments de méthodologie. Personne ne peut l'obtenir : c'est un indice sans impôt
Net Total Returntotal netréinvestis après retenue à la sourceLe prospectus et la fiche de votre ETF. Ticker SPTR500N

C’est la troisième que votre ETF réplique, et il le dit noir sur blanc. La fiche mensuelle du Vanguard S&P 500 UCITS ETF nomme son indice de référence S&P 500 Net Total Return et en donne la définition : « l’indice S&P 500 Net Total Return représente le rendement du prix augmenté du dividende net en espèces. Le dividende net en espèces correspond aux dividendes réinvestis, diminués d’une retenue à la source de 30 % ».

Votre courbe colle donc à la ligne « indice » pour une raison simple : cette ligne contient déjà les dividendes réinvestis. Vous comparez un ETF dividendes-inclus à un indice dividendes-inclus. Il n’y a aucun écart à attendre, et l’absence d’écart est précisément le signe que le fonds fait son travail.

Ce que les dividendes pèsent vraiment

Reste l’autre comparaison, celle que vous faites sans y penser : votre relevé contre le chiffre entendu à la radio. Là, l’écart existe — et il est massif.

S&P 500 : rendement annualisé par décennie, prix seul contre total
DécenniePrix seulApport des dividendesTotal
199015,31 %+2,86 pt18,21 %
2000la décennie perdue−2,72 %+1,82 pt−0,95 %
201011,22 %+2,35 pt13,56 %
20202020-2025, annualisé13,33 %+1,76 pt15,08 %

Deux lectures. La première : sur les années 2010, un investisseur qui aurait suivi le seul indice de prix aurait cru gagner 11,22 % par an là où le porteur d’un ETF capitalisant en encaissait 13,56 %. Sur dix ans, 1 000 € deviennent 2 900 € dans un cas et 3 570 € dans l’autre. La seconde, plus brutale : dans les années 2000, l’indice de prix a perdu 2,72 % par an. Les dividendes réinvestis n’ont pas suffi à ramener la décennie en territoire positif, mais ils ont divisé la perte par trois.

Sur longue période, la part devient dominante : Hartford Funds estime que 85 % du rendement cumulé du S&P 500 depuis 1960 est attribuable aux dividendes réinvestis et à l’effet de capitalisation.

Donc oui : votre ETF capitalisant bat bien l’indice — celui du JT, et de très loin. Il ne bat simplement pas celui de sa propre fiche.

Le retournement : il bat aussi celui de sa fiche

Et c’est ici que la mécanique devient franchement contre-intuitive.

L’indice net retient 30 %. Votre ETF, lui, ne paie pas 30 %. Un fonds domicilié en Irlande bénéficie de la convention fiscale entre l’Irlande et les États-Unis : la retenue tombe à 15 %. Un ETF synthétique, qui obtient la performance de l’indice par un contrat d’échange plutôt qu’en détenant les actions, échappe à la retenue presque entièrement — l’article 871(m) du code fiscal américain exclut les contrats écrits sur un indice doté d’un marché à terme profond et liquide, ce qu’est le S&P 500.

Traduction : ces fonds encaissent plus de dividende que l’indice qu’ils sont censés répliquer. Ils ont donc de quoi payer leurs frais et rester devant.

Deux ETF S&P 500 face à leur propre indice net, au 31 juillet 2026
FondsPériodeFondsIndice netÉcart
Vanguard S&P 500 UCITSphysique, Irlande, frais 0,07 %5 ansannualisé12,55 %12,37 %+0,18 pt/an
depuis 2019annualisé15,86 %15,66 %+0,20 pt/an
Amundi S&P 500 Swapsynthétique, Luxembourg, frais 0,15 %5 anscumulé87,02 %84,69 %+2,34 pt
depuis 2010cumulé835,70 %801,94 %+33,76 pt

Ce n’est pas un accident de mesure : l’écart de l’Amundi est positif dix années civiles sur dix, de +0,19 point en 2025 à +0,68 point en 2019.

Et l’ordre de grandeur se retrouve à la main. Sur un rendement de dividende de 1,76 % — celui des années 2020 —, récupérer 15 points de retenue vaut 0,26 % par an ; moins 0,07 % de frais, il reste +0,19 %, contre +0,18 observé. Pour le fonds synthétique, récupérer 30 points vaut 0,53 % par an ; moins 0,15 % de frais, +0,38 %, à comparer à une moyenne observée autour de +0,40. La retenue à la source explique donc à elle seule la quasi-totalité de l’écart.

Ce que ça change pour vous

1. Comparez toujours à la même version d’indice. Un ETF jugé sur l’indice de prix paraîtra miraculeux, jugé sur l’indice brut il paraîtra médiocre. Seule la comparaison à son propre indice de référence — celui de sa fiche, en version nette — dit quelque chose sur la qualité de la réplication.

2. Ne jugez pas votre ETF sur le chiffre du journal. Il ne réplique pas ce chiffre, et une part de l’écart ne vient même pas des dividendes : votre ETF coté en euros superpose l’indice et l’EUR/USD, un point développé dans Comment un ETF suit le S&P 500 quand Wall Street dort.

3. Capitalisant et distribuant produisent la même performance brute. Les deux encaissent les mêmes dividendes et subissent la même retenue à la source. Le choix ne se joue donc pas sur le rendement, mais sur la fiscalité et la logistique — traité dans Comment choisir un ETF en 6 critères.

4. Un écart de suivi positif n’est pas une anomalie à fuir. Un fonds qui bat systématiquement son indice net de quelques dixièmes de point ne prend pas de risque caché : il exploite une convention fiscale que l’indice, par construction, ignore.

Ce qu’il faut retenir

Votre ETF capitalisant fait exactement ce que vous attendiez de lui : il réinvestit chaque dividende, et cela se voit dans sa performance. Ce que vous ne voyiez pas, c’est que la ligne « indice » posée à côté de sa courbe faisait la même chose. Comparer deux courbes n’a de sens qu’après avoir lu ce que chacune mesure — et sur un indice boursier, cette réponse tient en trois versions.

Le reste est plus banal, et pèse infiniment plus lourd : l’indice choisi, les frais, l’enveloppe fiscale, la répartition. Le dernier point est traité dans Comment répartir ses investissements.

Et pour voir ce que votre allocation produit réellement — part de chaque ligne, rendement moyen, revenu mensuel généré —, Fynix fait le calcul à partir de vos placements réunis au même endroit.

Sources

  • Vanguard S&P 500 UCITS ETF (USD) Accumulating — Factsheet au 31 juillet 2026 — indice de référence S&P 500 Net Total Return (ticker Bloomberg SPTR500N), définition « price-plus-net cash dividend return, net cash dividend equals reinvested dividends less 30% withholding tax », frais courants 0,07 %, domicile Irlande, réplication physique, ISIN IE00BFMXXD54, et performances annualisées fonds contre indice : 19,28 % / 19,14 % sur 1 an, 19,01 % / 18,85 % sur 3 ans, 12,55 % / 12,37 % sur 5 ans, 15,86 % / 15,66 % depuis la création du 14 mai 2019.
  • Amundi S&P 500 Swap UCITS ETF EUR Acc — Factsheet au 31 juillet 2026 — réplication synthétique par contrat d’échange, indice SPTR500N, frais 0,15 %, SICAV luxembourgeoise, écarts cumulés fonds contre indice de +0,18 pt sur 1 an, +1,01 pt sur 3 ans, +2,34 pt sur 5 ans et +33,76 pt depuis le 8 juin 2010, et écart positif sur les dix années civiles 2016 à 2025 (de +0,19 pt en 2025 à +0,68 pt en 2019).
  • Index Mathematics Methodology — S&P Dow Jones Indices : calcul des versions price return, total return et net total return, cette dernière appliquant le taux de retenue à la source dès la première étape du calcul du dividende.
  • S&P 500 Index (WHT 15%) — S&P Dow Jones Indices : variante de l’indice calculée avec une retenue à la source de 15 % au lieu de 30 %, publiée précisément parce que le taux plein ne correspond à la situation fiscale d’aucun fonds conventionné.
  • How Much of the S&P 500’s Return Actually Came From Dividends vs. Price Appreciation, by Decade — The Motley Fool : décomposition décennie par décennie du rendement annualisé entre prix et dividendes (1990 : 15,31 % + 2,86 pt ; 2000 : −2,72 % + 1,82 pt ; 2010 : 11,22 % + 2,35 pt ; 2020-2025 : 13,33 % + 1,76 pt).
  • The Power of Dividends: Past, Present, and Future — Hartford Funds : 85 % du rendement cumulé du S&P 500 depuis 1960 attribuable aux dividendes réinvestis et à la capitalisation, rendement médian de 2,83 % sur la période 1960-2025.
  • Considerations for non-US investors: US-domiciled ETFs vs. Irish-domiciled UCITS ETFs — State Street Global Advisors : retenue à la source américaine ramenée à 15 % pour un fonds domicilié en Irlande en application de la convention fiscale, contre 30 % au taux plein.
  • Easy (But Boring) Money: How To Reduce ETF Dividend Withholding Tax? — comparaison des retenues selon la domiciliation (15 % en Irlande, 30 % au Luxembourg en réplication physique) et absence de retenue pour les ETF synthétiques.
  • Section 871(m) — dividend equivalents — dépôt Citigroup auprès de la SEC : retenue pouvant atteindre 30 % sur les « dividendes équivalents » des instruments adossés à des actions américaines, et exclusion des contrats écrits sur un indice qualifié doté d’un marché à terme profond et liquide.